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01/06/2010

Les plantureux bénéfices de l'énergie nucléaire

 

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Une étude de la Creg vient une nouvelle fois de le démontrer: nous payons beaucoup trop pour notre électricité en Belgique. La rente nucléaire est estimée entre 1,75 et 1,95 milliard d'euros par an. Electrabel rejette vigoureusement ces chiffres. La Creg a fait un travail « très professionnel », répond Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay Brussels School (ULB). Interview.


A la demande du ministre de l'Energie Paul Magnette, la Creg a calculé le montant de la rente des centrales nucléaires belges. La méthodologie employée consiste à comparer le prix de revient de l'électricité au prix de vente sur le marché. Pour le première fois, ces chiffres ont été communiqués par le secteur. La Creg obtient un coût de production compris entre 17 et 21 euros le Mwh. En se basant sur un prix de vente de 60 euros le MWh et sur une production de 45,9 TWh en 2007, on arrive à une rente comprise entre 1,75 et 1,95 milliard d'euros.

A côté de ce montant, la taxe de 215-245 millions d'euros négociée par le ministre de l’Énergie ne pèse pas bien lourd. Dans la foulée, le CDH a réclamé une augmentation de la contribution du secteur nucléaire à 900 millions d’euros par an ou une diminution des prix de l'électricité.

De son côté, Electrabel rejette catégoriquement l'étude de la Creg en avançant un résultat d'exploitation de 960 millions d'euros, inférieur donc au montant de la rente. « Les bénéfices d'Electrabel ne sont pas le reflet de son activité électrique en Belgique, nuance Eric De Keuleneer. Ceux-ci seraient plutôt compris entre 2 et 3 milliards d'euros. Une grande partie des bénéfices est transférée vers d'autres sociétés du groupe Suez pour des raisons fiscales ou de dissimulation de bénéfices ».

Au début des années nonante, la rentabilité du nucléaire a commencé à augmenter dépassant la norme prévue à l'époque. Ceci explique les plantureux profits du secteur en Belgique. « Une surfacturation et un amortissement trop rapide du prix des centrales ont permis à Electrabel de diminuer considérablement ses coûts, explique Eric De Keuleneer. Et comme cette baisse n'a pas été répercutée sur la facture du consommateur, la rentabilité du groupe a fortement augmenté ».

Depuis 2002, les prix de vente de l'électricité ne sont plus contrôlés en Belgique, ce qui a aggravé la situation. « Déjà avant cela, Electrabel était passé maître dans l'art du maquillage de sa rentabilité pour chloroformer le comité de contrôle », ajoute le professeur qui plaide pour une réintégration du contrôle des prix comme dans d'autres pays européens.

Pour Eric De Keuleneer, le montant à récupérer auprès du secteur nucléaire est de l'ordre de 1 milliard d'euros. Une partie de cette somme doit revenir aux consommateurs « qui paient leur électricité trop cher depuis trente ou quarante ans ». Ce montant devra également financer la recherche et la production dans le secteur des énergies renouvelables.  « En plus des amortissements accélérés, le nucléaire a bénéficié et bénéficie toujours d'aides publiques importantes, explique le professeur. Il serait donc normal que la rente finance les énergies du futur » .   

Eric De Keuleneer rejette également le risque de voir GDF Suez quitter la Belgique en cas de taxation trop importante. « S'ils quittent le pays, il y aura quantité d'opérateurs qui seront ravis de prendre leur place, relate le professeur. Et ce dans le cadre d'une convention de contrôle du marché comme cela se fait dans d'autres pays. De toutes façons, le groupe ne fait plus d'investissements importants sur le sol belge depuis longtemps ».

Laurent Lambrecht

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