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20/07/2010

Paul De Grauwe fustige la panique des marchés et les politiques d'austérité

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Paul De Grauwe, professeur d'économie à la KU Leuven, voit d'un mauvaise oeil les politiques d'austérité adoptées un peu partout en Europe. Selon lui, l'imposition de ces mesures est dictée par la panique des marchés financiers et des agences de notation.


Ces derniers mois, les taux des obligations souveraines de certains pays de l'Union européenne sont montés en flèche. Pour répondre à cette crainte des investisseurs, plusieurs pays européens ont adopté des mesures d'austérité budgétaire. Selon Paul De Grauwe, il est contre-productif d'imposer de telles politiques au même moment un peu partout en Europe. La diminution des dépenses de l'Etat limitera forcément la croissance et ne résoudra pas le problème de déficit public.

« On ne peut laisser les marchés financiers imposer un rythme de désendettement trop rapide, explique-il. Il faut également introduire une différenciation en fonction des Etats ». Pour le professeur, le problème est que la pression des marchés s'est imposée à l'ensemble des pays européens. Des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas pourraient maintenir leur déficit pour tirer la croissance européenne. D'autant que les investisseurs sont à la recherche d'obligations sûres comme le Bund allemand. Paul De Grauwe comprend néanmoins la méfiance des investisseurs vis à vis d'un pays comme la Grèce. « Son déficit est très important et le gouvernement a falsifié ses comptes par le passé », explique-il.

Pour Paul De Grauwe, si les marchés imposent de telles mesures d'austérité c'est qu'ils ne voient pas l'interdépendance qui lie dette privée et dette publique. « L'excès d'endettement du secteur privé a été à la base de la crise financière, argumente-t-il. En Europe, on est passé d'un taux d'endettement du secteur privé de 50 à 70% du PIB entre 2000 et 2008»

Avec l'éclatement de la crise financière, le secteur public a dû reprendre à son compte l'endettement privé pour éviter que le système ne s'écroule. C'était la bonne chose à faire, selon le professeur, mais les marchés se sont retournés et se méfient maintenant de l'endettement des Etats. « Les marchés surestiment le danger que représentent les obligations espagnoles, portugaises ou irlandaises, explique-t-il. Et la diminution de l'endettement public qui en découle aura inévitablement un impact sur le secteur privé qui ne s'est pas encore totalement remis de la crise ».

Le professeur prend comme exemple les banques espagnoles et grecques qui se retrouvent dans la tourmente depuis l'instauration de nouvelles politiques d'austérité dans leur pays.

Selon le professeur, les gouvernements ont tort de suivre les injonctions des marchés et des agences de notation. Celles-ci n'ont pas vu venir la crise des subprimes et n'ont pas bien conseillé les investisseurs. Pourquoi auraient-elles raison maintenant alors qu'elles se sont lourdement trompées auparavant?

Laurent Lambrecht

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