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26/07/2010

Paul De Grauwe: «On aurait dû interdire aux banques la titrisation»

 

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Le Congrès des Etats-Unis a adopté il y a une dizaine de jours la version définitive de la vaste réforme de la régulation financière. Le texte de plus de 2.300 pages prévoit notamment l'encadrement du marché des dérivés pointé comme un des responsables de la crise financière. Pour Paul De Grauwe, professeur à la K.U. Leuven, c'est un pas en avant important mais il aurait voulu qu'on limite davantage l'activité spéculative des banques. Retour sur les points clés de la réforme.


 

L'agence de protection des consommateurs. La réforme prévoit la création d'une agence de protection des consommateurs au sein de la Réserve fédérale américaine (Fed). « C'est une excellente décision, commente Paul De Grauwe. Les petits investisseurs, premières victimes du manque de transparence et d'information, seront maintenant mieux protégés ».

L'encadrement du marché des dérivés. L'opacité régnant sur le marché des dérivés est pointée comme l'une des causes de la crise financière. Ce marché non régulé représente pas moins de 475.000 milliards de dollars. Pour Paul De Grauwe, il s'agit d'une mesure importante mais il se méfie des exceptions. Le professeur craint également que la complexité et l'extrême précision de la loi ne favorisent les banques, bien mieux armées en avocats que le régulateur.

La Titrisation: Une des raisons qui a conduit les banques à une prise de risque excessive est la possibilité d'évacuer ce risque via la titrisation. Cette technique financière a permis aux banques de revendre leurs créances risquées à d'autres institutions financières. La Loi «Dodd-Frank» obligera dorénavant les banques à conserver dans leur bilan une partie du risque des crédits qu'elles octroient. Pour Paul De Grauwe, cette mesure n'est pas suffisante. « On aurait dû interdire purement et simplement aux banques de titriser leurs créances, explique-t-il. Par ce biais, elles renoncent à leur rôle de détection du risque qui est leur métier de base ». Pour le professeur, les banques ont une grande capacité d'évaluation du risque car elles connaissent très bien le monde des entreprises.

La Loi Volcker. La réforme financière prévoit la restauration de la loi Volcker abolie à la fin des années nonante sous la pression du lobby bancaire. Cette règle interdit aux banques d'investir l'argent des épargnants dans des activités spéculatives.

L'objectif principal du président Obama était d'éviter que le contribuable ne paye à nouveau pour les excès de la finance. Théoriquement, la nouvelle loi est censée organiser la faillite des institutions en difficultés. Mais dans les faits, il sera encore plus délicat de laisser tomber une grande banque. En effet, le problème du « too big to fail » s'est accentué après l'éclatement de la crise financière alors que certaines banques ont été rachetées par d'autres.

D'une façon, générale, Paul De Grauwe regrette qu'on n'ait pas radicalement changer le business model des banques. « Elles peuvent toujours se lancer dans des activités hautement spéculatives, explique-t-il. On aurait mieux fait des les obliger à se concentrer sur leur rôle de financement de l'économie ».

L. Lam.

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