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16/09/2010

Paul De Grauwe: « Bâle III est insuffisant »

Un accord a été trouvé sur les nouvelles normes de solvabilité que les banques devront appliquer. Selon le professeur d'économie Paul De Grauwe, ces mesures sont insuffisantes pour éviter une nouvelle crise.


Le comité de Bâle est tombé d'accord dimanche sur les nouvelles règles que les établissements financiers devront respecter afin de prévenir une nouvelle crise. Le but est d'éviter que les pouvoirs publics ne s'endettent à nouveau pour voler au secours des banques. Celles-ci devront dans le futur afficher des fonds propres représentant 7% minimum de leurs actifs. Selon Paul De Grauwe, professeur d’économie à la KU Leuven, cette mesure est tout bonnement insuffisante.

« Le ratio de solvabilité est encore trop faible, explique-t-il. Avant, les banques affichaient un coefficient de 20, 30% comme le font les entreprises bien gérées actuellement. On est descendu jusqu'à 2, 3% mais 7% c'est encore beaucoup trop faible ». Par ailleurs, le professeur regrette que le comité de Bâle n'ait pas agi sur la taille des institutions financières. « C'est un danger public que d'autoriser des banques de cette taille, précise-t-il. On aurait dû les couper en morceaux mais elles ont trop de pouvoir et s'y sont opposées».

Selon le professeur, l'Allemagne est un des responsables du peu d'ambition de la réforme. « L'Allemagne a un secteur bancaire public très faible, argumente-il. Son gouvernement a tout fait pour alléger le coefficient et pour postposer sa mise en pratique ».

Le secteur bancaire a souvent brandi la menace d'une diminution du crédit et donc d'une perte de croissance en cas de mesures trop drastiques. La Fédération bancaire européenne a d'ailleurs signalé lundi que les nouvelles exigences de fonds propres risquaient de réduire les prêts ou d'augmenter les taux d'intérêts. Un argument que balaye Paul De Grauwe. «C'est un mythe colporté par le secteur bancaire, réagit-il. Il y a 20, 25 ans, on a connu des taux de croissance plus élevés alors que les banques étaient mieux capitalisées et qu'elles spéculaient moins ».

A côté de la problématique de la solvabilité, il y a celle de la liquidité. Et sur ce plan là, rien n'a été fait. « Une banque qui n'a pas de problème de solvabilité peut être à court de liquidité en raison d'un climat de panique », explique Paul De Grauwe. Une proposition visant à forcer les banques à détenir plus de liquidités a été mise sur la table. « On a pas abouti à une solution car les banques préfèrent investir dans des actifs qui rapportent. Il faudra qu'on arrive à un résultat sur ce point car sans ça tout cet exercice ne sert à rien ».

Laurent Lambrecht

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