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05/10/2010

« Non à la rigueur ! »

La chronique économique de Bruno Wattenbergh sur Twizz à propos des manifestations contre la rigueur.

L’Europe n’a pas généré la crise économique et financière mais en paie les conséquences. Les Etats doivent réduire la voilure et la première manière de le faire, rapidement, efficacement, c’est de couper dans les dépenses de l’Etat. Ce qui est visé, c’est clairement les prestations sociales.

Les manifestants critiquent le fait que les mesures prises par les gouvernements se concentrent sur l’austérité et rien d’autre, ce qui n’est pas vrai. Des mesures ont été prises pour réguler les banques, pour organiser mieux le système financier coupable mais le problème est ailleurs.


Le déficit des Etats les mettait déjà avant la crise dans des situations pas nécessairement évidentes. Tout le monde savait que la hauteur de la dette publique, en Belgique ou ailleurs, serait problématique si la croissance s’étouffait. Mais tout le monde a continué à profiter d’un système en fermant les yeux. On n’a ni réduit ce qui pouvait l’être, ni réformé le système pour le rendre plus performant.

Une politique de relance est régulièrement évoquée comme alternative à l’austérité. La théorie économique envisage les deux stratégies quand un pays est confronté à cette situation. Soit il opte pour la rigueur, diminue ses déficits publics, ses allocations, augmente ses impôts et on sait qu’en général cela a un effet aussi sur l’économie et que cela amplifie la crise. Soit il opte pour une politique de relance, de grands travaux, de grandes dépenses publiques. Dans les années 90, Jacques Delors avait lancé les grands travaux. Cela stimule l’économie, la création d’emploi.

Les syndicats ont raison de manifester sur le principe mais pas en pratique. Pour une politique de relance, il faut du cash, des moyens financiers. Et aujourd’hui, dans le contexte actuel, plus question d’emprunter plus. Les bailleurs de fonds sont attentistes guidés par des agences de notation qui marquent à la culotte les Etats. Les risques associés aux dettes souveraines, les CDS, spéculent ou en tous cas estiment que le risque des pays européens est élevé. D’abord cela a un coût (le financement est plus cher), ensuite cela rend le financement plus difficile.

 

Dans le contexte actuel d’une explosion du coût de financement de la dette publique dans leurs pays respectifs, face à des déficits dépassant les 10%, les pays européens n’ont donc pas le choix.

La première cible, c’est la fonction publique pour plusieurs raisons. Parce que le levier de la fonction publique est le plus efficace à court terme sur le déficit public. L’état-patron décide tout seul de baisser les salaires et peut immédiatement et simplement mesurer l’effet sur le déficit, un effet immédiat, calculable et donc facile à apprécier pour les marchés. En plus, ce n’est pas considéré comme des économies susceptibles d’obérer la croissance future. Les agences de notation apprécient. Cela ne vaut cependant pas pour les dépenses publiques liées à la Recherche et Développement ou à l’éducation qui sont de mauvais indicateurs pour la croissance futures.

La deuxième cible, ce sont les prestations sociales. Si l’impact sur la compétitivité est nul pour les coupes dans les dépenses publiques, c’est le cas aussi en théorie sur le niveau des prestations sociales, hors bien entendu l’effet sur la consommation. Si on baisse les allocations, cela implique moins d’argent réinjecté dans l’économie, dans la consommation. Ce qui peut par exemple pénaliser le commerce.

Ces manifestations, c'est le triomphe de ce que j’appelle le « raisonnement photo ». Les syndicats ont raison de critiquer une politique de restriction qui risque d’amplifier encore les effets de la crise. Ils ont raison de dénoncer que les travailleurs en général ne sont en rien responsables de la crise actuelle. A la limite, ils ont raison de dire qu’ils ne sont pas responsables – pour les belges en tous cas – de ne pas avoir de gouvernement pour réformer ce pays.

Mais ils ont tort de penser – ou de dire - que dans la situation actuelle on pourrait ne pas serrer la vis des dépenses publiques. Ce principe-là est incontestable. Si on ne fait pas des économies aujourd’hui, le risque est réel de ne plus pouvoir financer le système social actuel. Là ce serait le scénario catastrophe à la grecque.

Par ailleurs, notre système social belge, s’il a incontestablement amorti les conséquences de la crise, impose aux entreprises belges qui sont en concurrence sur les marchés une charge sociale disproportionnée par rapport à certains concurrents européens et surtout non-européens.

Qu’on le veuille ou non, le monde est devenu plat, globalisé. Si les travailleurs ne sont pas responsables, les entreprises non plus. Notre pays a besoin d’une sécurité sociale adaptée, de dégager des marges de manœuvre pour investir dans la recherche, dans l’éducation, dans l’entrepreneuriat.

La crise est donc une forme d’excuse. Pour des états qui vont essayer de faire les ajustements qu’ils auraient du faire depuis dix ans et pour les entreprises pour affiner leur structure et l’adapter aux enjeux de demain.

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