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23/10/2010

Les classes moyennes, premières victimes de l'automatisation

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La chronique économique de Bruno Wattenbergh sur Twizz Radio

On parle beaucoup des classes moyennes depuis plusieurs années. Cette petite bourgeoisie employée a éclos après la guerre et s’est rapidement développée. On en a pas mal parlé en France en la désignant comme la classe sociale la plus touchée par la crise.

Pour certains, en effet, les riches deviennent plus riches malgré la crise alors que les pauvres sont protégés par un filet social. Ce serait donc les classes moyennes qui paieraient les crises au plus fort.


Selon plusieurs études scientifiques récentes, la classe sociale dite moyenne paierait l’innovation et le progrès. Les métiers les moins qualifiés, eux, ne sont pas mécanisables. Il est impossible et sans doute inutile d’apprendre à un robot à faire le ménage. Selon un article publié dans The Economist, un robot conçu pour le pliage de serviettes ne peut rivaliser avec l’être humain. Il y a donc encore des réservoirs d’emplois dans ces services impossibles à mécaniser et pour longtemps sans doute.

Ce qui n’est pas le cas des métiers intermédiaires occupés en général par les classes moyennes. C’est une révolution dont on commence seulement à prendre la mesure. Entre 1970 et 1990, l’emploi de qualification et de rémunération moyenne a fortement augmenté. Vous aviez un graduat, une qualification technique, vous étiez motivé, et vous deveniez vendeur, employé de banque, secrétaire, opérateur de machines, chef d’équipe … Vous aviez des perspectives plus ou moins stables, un accès au crédit, à la propriété et aux vacances. L’ascenseur social jouait pleinement son rôle.

Mais dans tous les pays développés, cette machine s’est enrayée au début de la crise des années 90. En fait, à partir de cette période, l'emploi et les salaires ont cessé rapidement de dépendre de la qualification. Et mécaniquement, la part des métiers dits de classes moyennes a diminué au sein de la population active.

L’innovation en cause

C’est l’essor des technologies de l’information et de la communication qui serait le responsable. Si l'ordinateur n’entre pas en compétition avec des tâches très analytiques qui valorisent expérience et analyse, il est bien en pleine concurrence avec des tâches moyennement complexes, répétitives, effectuées en général par des employés ou des ouvriers peu qualifiés qui alimentent les classes moyennes.

Les métiers visés par l’automatisation sont ceux qui proposent des activités routinières telles que celles effectuées par les secrétaires, les employés de banque, les guichetiers pour ne citer que quelques exemples. Des métiers comme pompier par exemple ne sont par contre pas mécanisables.

Une polarisation de l’emploi

Les secteurs qui ont adopté le plus vite les TIC – on le constate en analysant leurs investissements dans ces technologies ou dans la recherche – ont augmenté leur demande en travailleurs très qualifiés et en même temps ont connu des baisses de leurs besoins en travailleurs moyennement diplômés.

Les secteurs confrontés le plus fortement à la concurrence des pays émergents ont riposté en innovant dans leurs processus, ce qui a bénéficié à la productivité européenne et a sauvé des millions d’emplois. Mais elle a aggravé la fracture du marché du travail. Et la crise actuelle accélère ce phénomène.

Les emplois d’ouvriers et d’employés fondent comme neige au soleil alors que l’emploi dans les fonctions de direction ou les fonctions très qualifiées a légèrement progressé.

Depuis le début du 20ème siècle, les perspectives d’emploi d’un individu s’amélioraient chaque fois que son niveau d’éducation progressait. Avoir réussi ses humanités et être volontaire suffisaient souvent. Aujourd’hui, avoir juste ses humanités devient à la limite handicapant pour les petits boulots instables qui vont croître légèrement … et de plus en plus insuffisant pour décrocher des jobs stables et valorisants. L’enjeu est d’emmener les jeunes jusqu’aux études supérieures. La barre est devenue plus haute.

L'école doit contribuer à émanciper nos enfants par la connaissance, leur donner des choix de vie. Et je n’ai toujours pas l’impression que notre système éducatif prenne ces challenges à bras-le-corps. Je suis de plus en plus conscient que la plupart des problèmes socio-économiques dont je parle ou que je rencontre, ramènent à des racines qui touchent l’éducation fondamentale.

Sources : « Job Polarization in Europe » par M.GOOS, A MANNING et A.SALOMONS, « American Economic Review », Mai 2009

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