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02/11/2010

Guerre des monnaies: "la Chine est en position de force"

A quelques jours du G20, Bernard Delbecque, économiste à l'UCL, décrypte la problématique de la guerre des monnaies.


Le ministre brésilien des Finances Guido Mantega fut le premier à évoquer une "guerre des monnaies" pointant du doigt la faiblesse des devises chinoise et américaine. Le Brésil craint, en effet, que la hausse du real par rapport au dollar et au yuan n'entraîne une perte de compétitivité de ses entreprises. Pour certains observateurs, la politique de l'argent facile a été mise en place aux Etats-Unis dans le but de faire baisser le dollar, ce qui a entraîné le yuan dans sa chute.

Bernard Delbecque, économiste à l'UCL, n'est pas de cet avis. "Le dollar se déprécie en raison de la politique monétaire accommodante des Etats-Unis, explique-il. Mais le but de la réserve fédérale est avant tout de sortir l'économie américaine de l'ornière. L'annonce probable du rachat d'obligations d'Etat par la Fed risque cependant d'accentuer la baisse du dollar".

Et quand le dollar se déprécie, le yuan lui emboîte le pas. "En 2007, en pleine crise économique et financière, le gouvernement chinois a décidé de mettre un terme à sa politique d'appréciation graduelle du yuan", relate Bernard Delbecque. Le cours de la devise chinoise n'est donc pas fixé par les marchés. Il suit l'évolution d'un panier de devises, ce qui protège les entreprises chinoises contre toute perte de compétitivité. “La Chine exerce également un contrôle sur les flux de capitaux limitant ainsi les pressions sur sa devise”, précise Bernard Delbecque.

D'autres pays émergents, en revanche, n'ont pas mis en place de telles protections. "Le cours des devises sud-coréenne, thaïlandaise ou brésilienne, par exemple, est fixé par les marchés", explique Bernard Delbecque. Quand le dollar et le yuan se déprécient, les entreprises brésiliennes perdent donc de la compétitivité par rapport à leurs homologues américaines et chinoises”.

Les pays émergents sont également vulnérables à l'entrée de capitaux étrangers attirés par leurs rendements élevés. "Des flux massifs de capitaux entraînent une appréciation de certaines devises des pays émergents, ce qui est néfaste à leur économie, relate Bernard Delbecque. Pour y remédier, le Brésil, notamment, a décidé de mettre en place certaines barrières”.

Etroitement liée à la question des changes, la problématique des excédents courants anime les débats à quelques semaines du sommet du G20 à Séoul. « Ce sont ses énormes excédents courants qui permettent à la Chine d'intervenir sur le marché des changes », relate Bernard Delbecque. Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, a récemment proposé de limiter ces excédents à 4% du PIB. Dans la ligne de mire, les pays tournés vers l'exportation comme la Chine et l'Allemagne. Certains pays du G20 aimeraient que les pays exportateurs réorientent leur économie vers la demande intérieure.

"Cela va être difficile d'imposer quelque chose à la Chine, explique Bernard Delbecque. Les pays qui ont de grandes réserves de change sont en position de force". L'économiste est d'ailleurs très pessimiste quant à l'issue du G20 sur la question des changes. "A moyen ou à long terme, il est cependant inévitable que la Chine ne laisse s'apprécier sa devise, nuance il. L'appréciation du yuan est aussi un enrichissement de la population chinoise".

Laurent Lambrecht

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