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17/02/2011

La commission d'enquête sur la crise flingue à tout-va

On s'y attendait, la commission d'enquête américaine sur la crise financière (FCIC) pointe largement la responsabilité des banques, de la Fed, de la SEC et des agences de notation.

La question centrale à laquelle devait répondre la FCIC est comment se fait-il qu'on ait dû choisir entre deux options aussi radicales? Risquer l'effondrement totale du système financier ou injecter des milliards de dollars d'argent public pour le maintenir debout.


Dans ses conclusions, la commission rappelle qu'à ce jour 26 millions d'Américains sont toujours au chômage, employés à temps partiel ou ont renoncé à chercher un emploi. Quatre millions de ménages ont perdu leur logement et 4,5 millions de familles supplémentaires font face à des procédures de saisie. En outre, 11 milliards de dollars ont été effacés des contrats d'assurance vie et d'épargne pension.

Le rapport reprend les éléments qui ont mené à la crise avec comme déclencheur l'éclatement de la bulle immobilière- elle même nourrie par des taux d'intérêt au plancher, le crédit facile, la faible régulation et les fameux subprimes. Au total, des milliards de dollars de produits structurés liés à des crédits hypothécaires ont été disséminés dans le système financier.

Les manquements en matière de gouvernance d'entreprise sont largement épinglés. Les institutions financières ont acheté et vendu des produits toxiques sans rien connaître de leur composition. Les banques et investisseurs ont eu une confiance totale dans l'évaluation des agences de notation basée sur des modèles mathématiques. Les banques se font focalisées sur les activités de trading et ont pris trop de risques avec un faible capital et une trop grande dépendance au financement à court terme.

Le rapport pointe l'effet de levier qui s'élevait en moyenne à 40 contre 1 dans les grandes banques d'investissement. Pour quarante dollars investis, l'institution ne détenait qu'un dollar de capital pour couvrir ses pertes. Une chute de 3% de la valeur des actifs pouvait causer une faillite. La banque d'investissement Bear Stearns, par exemple, avait un capital de 11,8 milliards de dollars, était exposée pour 383,6 milliards et empruntait au jour le jour 70 milliards de dollars. Mais les rois de l'effet de levier ont été les agences hypothécaires Fannie Mae et Freddy Mac avec un ratio de 75 contre 1.

Contrairement à la vision défendue par Wall Street, la FCIC arrive à la conclusion que la crise était évitable et que les régulateurs ont ignoré les signaux d'alarme. L'erreur centrale vient de la Réserve fédérale qui n'a rien fait pour réguler le marché des produits structurés. « La Fed était la seule institution capable de limiter la dissémination des produits toxiques dans le système financier mais elle ne l'a pas fait ». La SEC, le gendarme boursier américain, est également épinglée. « La SEC aurait pu exiger des augmentations de capital et limiter les pratiques à risques des banques d'affaires mais elle n'a rien fait ».

La mauvaise compréhension du risque et des inter-connexions du système financier a empêché les régulateurs d'élaborer un plan stratégique de sortie de crise. Les décideurs n'ont pas compris qu'un éclatement de la bulle immobilière pouvait mettre en péril tout le système. Durant l'été 2007, Ben Bernanke, le président de la Fed, et Henry Paulson, le secrétaire d'Etat au Trésor, ont assuré que la crise des subprimes pouvait être contenue.

Quand un fonds de la banque Bear Stearns, largement exposé aux subprimes, a fait faillite en juin 2007, il a été considéré comme relativement unique alors que beaucoup d'autres fonds présentaient les mêmes risques. Quelques jours avant la chute de Bear Stearns, le président de la SEC exprimait encore sa confiance dans le capital de la banque. Ce n'est que quelques semaines avant le sauvetage de Fannie Mae et Freddie Mac que le département du Trésor ne prendra la mesure de la situation catastrophique dans laquelle elles se trouvent. Et un mois avant la chute de Lehman Brothers, la Réserve fédérale de New York cherchait encore des informations sur l'impact que cela aura.

Plus largement, la FCIC met en avant les effets de la culture d'auto-régulation. Trente années de dérégulation -notamment dans le chef d'Alan Greenspan, le précédent président de la Fed- et la possibilité de choisir le régulateur le plus faible ont crée le terreau de la crise. Ce n'était pas un problème de pouvoir mais de volonté politique dans un environnement libéralisé. Les démocrates n'échappent pas aux critiques. La promulgation de la loi mettant fin au contrôle des transactions sur les marchés dérivés est un élément clé dans le déclenchement de la crise.

Laurent Lambrecht

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